Depuis l'arrivée des anti-VEGF au milieu des années 2000, la DMLA exsudative (dite « humide ») n'est plus une fatalité : 9 patients sur 10 conservent leur vision à un an de traitement bien conduit. Mais le prix à payer est lourd : une injection dans l'œil, souvent une fois par mois, pendant des années. Pour beaucoup, c'est l'aspect le plus éprouvant du suivi.
Depuis 2023, deux nouvelles molécules redessinent le paysage : le faricimab (Vabysmo®, Roche) et l'aflibercept 8 mg (Eylea HD®, Bayer/Regeneron). Leur promesse ? Une efficacité au moins équivalente aux anti-VEGF classiques, mais avec des intervalles d'injection allant jusqu'à 4 mois — contre 1 à 2 mois aujourd'hui. Pour les patients, c'est un changement majeur.
1. La DMLA humide : pourquoi faut-il injecter ?
La dégénérescence maculaire liée à l'âge est la première cause de malvoyance chez les plus de 50 ans en France. Sa forme exsudative (15 à 20 % des cas) se caractérise par la prolifération de vaisseaux anormaux sous la rétine, qui laissent passer du liquide et du sang. Sans traitement, la vision centrale se détériore en quelques semaines à quelques mois.
Ces vaisseaux anormaux se forment sous l'impulsion d'une protéine, le VEGF (Vascular Endothelial Growth Factor). En bloquer l'action permet de stopper la prolifération, d'assécher la rétine et de stabiliser, voire améliorer, la vision. Mais le VEGF est produit en continu : il faut donc ré-injecter régulièrement, sous peine de voir la maladie repartir.
2. Les anti-VEGF « classiques » : 20 ans de succès, des limites
Trois molécules dominent la prise en charge depuis quinze ans :
- Le ranibizumab (Lucentis®), historique anti-VEGF de la rétine, AMM en 2007.
- L'aflibercept 2 mg (Eylea®), disponible depuis 2012, qui a permis d'espacer un peu plus les injections (jusqu'à 8 semaines).
- Le bevacizumab (Avastin®), utilisé hors AMM, principalement à l'hôpital.
Le schéma classique comporte trois phases : une phase d'induction (3 injections rapprochées à 1 mois d'intervalle), une phase de stabilisation, puis un régime adapté, le plus souvent un protocole « Treat and Extend » où l'on espace progressivement les injections tant que la rétine reste sèche à l'OCT. En pratique, la majorité des patients se stabilisent entre 6 et 10 semaines d'intervalle. Au-delà, le risque de récidive devient significatif.
3. Faricimab (Vabysmo®) : viser deux cibles à la fois
Approuvé par l'EMA en septembre 2022 et remboursé en France depuis 2023, le faricimab est le premier anti-VEGF bispecifique de la rétine. Il bloque deux protéines simultanément :
- Le VEGF-A, comme les précédents.
- L'angiopoïétine-2 (Ang-2), une seconde molécule qui déstabilise les vaisseaux et entretient l'inflammation locale.
L'idée : en bloquant deux voies au lieu d'une, on obtient une stabilisation plus durable des vaisseaux et l'effet se prolonge plus longtemps après chaque injection.
Les essais pivots TENAYA et LUCERNE ont comparé le faricimab à l'aflibercept 2 mg chez plus de 1 300 patients. Les résultats publiés dans The Lancet en 2022 :
- Gain visuel équivalent (non-infériorité démontrée) à 1 an puis à 2 ans.
- À la fin de la première année, environ 80 % des patients sous faricimab étaient stabilisés avec un intervalle d'injection d'au moins 12 semaines, et près de 45 % avec un intervalle de 16 semaines.
- Tolérance comparable, sans signal de sécurité nouveau.
Concrètement, un patient bien répondeur peut donc passer de 6-7 injections par an à 3 ou 4 — pour un résultat visuel identique. Pour beaucoup, c'est le facteur décisif.
4. Aflibercept 8 mg (Eylea HD®) : la même molécule, mais 4 fois plus concentrée
L'autre nouveauté majeure ne change pas de molécule : c'est l'aflibercept à haute dose (8 mg contre 2 mg auparavant), commercialisé sous le nom Eylea HD. La quantité de principe actif injectée est multipliée par 4 dans un volume légèrement supérieur (70 µL contre 50). L'AMM européenne date de janvier 2024.
L'essai clé PULSAR, publié dans The Lancet en février 2024, a inclus plus de 1 000 patients atteints de DMLA exsudative. Les résultats principaux à 48 semaines :
- Non-infériorité visuelle versus aflibercept 2 mg.
- 79 % des patients ont maintenu un intervalle d'au moins 12 semaines.
- 77 % ont atteint un intervalle de 16 semaines au-delà de la première année.
- Profil de tolérance similaire à l'aflibercept 2 mg.
L'avantage d'Eylea HD est sa simplicité : c'est la même molécule que les médecins utilisent depuis dix ans, avec un recul important sur la sécurité à long terme. Seul le schéma de dose change. Pour les patients déjà bien répondeurs à l'Eylea classique, c'est souvent l'option proposée en premier.
5. Comparatif des principaux anti-VEGF disponibles en 2026
| Molécule | Cible | Intervalle max. réaliste | Statut France 2026 |
|---|---|---|---|
| Ranibizumab (Lucentis®) | VEGF-A | 4 à 8 semaines | Remboursé (historique) |
| Aflibercept 2 mg (Eylea®) | VEGF-A & PlGF | 8 à 12 semaines | Remboursé |
| Faricimab (Vabysmo®) | VEGF-A & Ang-2 | 12 à 16 semaines | Remboursé depuis 2023 |
| Aflibercept 8 mg (Eylea HD®) | VEGF-A & PlGF (haute dose) | 12 à 16 semaines | Remboursé depuis 2024 |
| Brolucizumab (Beovu®) | VEGF-A | 8 à 12 semaines | Utilisation limitée (risque inflammatoire) |
6. Que change-t-on concrètement pour le patient ?
Le bénéfice visuel principal — la stabilisation de la vision — n'est pas supérieur avec les nouvelles molécules. Ce qui change vraiment, c'est le parcours de soin :
- Moins de déplacements : 3 à 4 injections par an au lieu de 7 à 10, soit potentiellement la moitié des rendez-vous évités.
- Moins de fatigue pour l'aidant : chaque RDV demande souvent un proche pour accompagner. Le temps gagné est considérable.
- Meilleure observance : moins de patients abandonnent leur traitement quand la fréquence est allégée.
- Sécheresse rétinienne mieux maintenue : dans les essais, le contrôle anatomique à l'OCT est légèrement meilleur avec les nouvelles molécules.
7. Et après ? Gels à libération prolongée et thérapie génique
L'industrie continue de chercher à réduire encore le nombre d'injections. Deux pistes sont aujourd'hui les plus avancées :
Les hydrogels à libération prolongée
Plusieurs laboratoires développent des gels biodégradables contenant un anti-VEGF, injectés comme une injection classique mais qui libèrent leur principe actif sur 6 à 12 mois. Les premiers essais de phase 2 sont en cours.
La thérapie génique anti-VEGF
L'idée est de faire produire l'anti-VEGF par la rétine elle-même après une seule injection sous-rétinienne. Les programmes les plus avancés (RGX-314, Ixoberogene soroparvovec) montrent une efficacité maintenue sur plus de 2 ans avec une administration unique. Pour aller plus loin, lisez notre article : thérapie génique en ophtalmologie.
8. Et la DMLA atrophique ?
Cet article ne couvre que la forme exsudative (humide). La forme atrophique, plus fréquente, était jusqu'ici sans traitement. Deux molécules (pegcetacoplan, avacincaptad pegol) ciblant la voie du complément ont été approuvées aux États-Unis en 2023-2024. Elles ralentissent l'extension des plages d'atrophie, sans améliorer la vision. Leur place en France reste à préciser après évaluation par la HAS.
9. En résumé
- La DMLA exsudative se traite par injections intravitréennes d'anti-VEGF. 9 patients sur 10 conservent leur vision à un an.
- Le frein principal était la fréquence : 7 à 10 injections par an, pendant des années.
- Deux molécules ont changé la donne depuis 2023-2024 : le faricimab (Vabysmo®) et l'aflibercept 8 mg (Eylea HD®).
- Elles permettent à 75 % des patients environ d'atteindre des intervalles de 12 à 16 semaines, soit 3 à 4 injections par an.
- L'efficacité visuelle est équivalente aux anti-VEGF classiques ; le bénéfice porte sur la fréquence, l'observance et la qualité de vie.
- Les prochaines étapes : implants à libération continue, hydrogels et thérapie génique — potentiellement une seule injection pour plusieurs années.
Pour aller plus loin, consultez nos pages dédiées à la DMLA, à l'injection intravitréenne, à la chirurgie de la rétine et au laser ophtalmologique.
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L'IPO Paris assure le suivi complet de la DMLA, les contrôles OCT et les injections intravitréennes. Si vous souhaitez un avis sur l'adaptation de votre traitement aux nouvelles molécules, prenez rendez-vous.
Prendre rendez-vous sur DoctolibSources principales : Heier JS et al., TENAYA/LUCERNE, The Lancet 2022 (faricimab vs aflibercept dans la DMLA néovasculaire) ; Lanzetta P et al., PULSAR, The Lancet 2024 (aflibercept 8 mg) ; Holekamp NM et al., ARCHWAY, Ophthalmology 2022 (Susvimo) ; recommandations SFO 2024-2025 sur la prise en charge de la DMLA exsudative ; avis HAS Vabysmo (juillet 2023) et Eylea HD (avril 2024).