DMLA humide : les anti-VEGF nouvelle génération qui espacent les injections

Faricimab, aflibercept 8 mg, implants à libération continue — moins d'injections, même efficacité : ce qui change vraiment en 2026

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Depuis l'arrivée des anti-VEGF au milieu des années 2000, la DMLA exsudative (dite « humide ») n'est plus une fatalité : 9 patients sur 10 conservent leur vision à un an de traitement bien conduit. Mais le prix à payer est lourd : une injection dans l'œil, souvent une fois par mois, pendant des années. Pour beaucoup, c'est l'aspect le plus éprouvant du suivi.

Depuis 2023, deux nouvelles molécules redessinent le paysage : le faricimab (Vabysmo®, Roche) et l'aflibercept 8 mg (Eylea HD®, Bayer/Regeneron). Leur promesse ? Une efficacité au moins équivalente aux anti-VEGF classiques, mais avec des intervalles d'injection allant jusqu'à 4 mois — contre 1 à 2 mois aujourd'hui. Pour les patients, c'est un changement majeur.

1. La DMLA humide : pourquoi faut-il injecter ?

La dégénérescence maculaire liée à l'âge est la première cause de malvoyance chez les plus de 50 ans en France. Sa forme exsudative (15 à 20 % des cas) se caractérise par la prolifération de vaisseaux anormaux sous la rétine, qui laissent passer du liquide et du sang. Sans traitement, la vision centrale se détériore en quelques semaines à quelques mois.

Ces vaisseaux anormaux se forment sous l'impulsion d'une protéine, le VEGF (Vascular Endothelial Growth Factor). En bloquer l'action permet de stopper la prolifération, d'assécher la rétine et de stabiliser, voire améliorer, la vision. Mais le VEGF est produit en continu : il faut donc ré-injecter régulièrement, sous peine de voir la maladie repartir.

1 million
de Français touchés par une forme de DMLA
~ 200 000
patients suivis pour une DMLA exsudative en France
7 à 10
injections par an en moyenne avec les anti-VEGF classiques
16 sem.
intervalle maximum atteint avec les nouvelles molécules

2. Les anti-VEGF « classiques » : 20 ans de succès, des limites

Trois molécules dominent la prise en charge depuis quinze ans :

Le schéma classique comporte trois phases : une phase d'induction (3 injections rapprochées à 1 mois d'intervalle), une phase de stabilisation, puis un régime adapté, le plus souvent un protocole « Treat and Extend » où l'on espace progressivement les injections tant que la rétine reste sèche à l'OCT. En pratique, la majorité des patients se stabilisent entre 6 et 10 semaines d'intervalle. Au-delà, le risque de récidive devient significatif.

Pourquoi est-ce contraignant ? Chaque injection suppose une consultation, un déplacement, un proche pour accompagner, parfois un congé pour les aidants. Sur dix années de suivi, cela représente 70 à 100 injections, autant de rendez-vous et d'OCT de contrôle. La fatigue de traitement existe, et certains patients abandonnent. Or l'arrêt précoce du traitement est la première cause de perte visuelle évitable dans la DMLA exsudative.

3. Faricimab (Vabysmo®) : viser deux cibles à la fois

Approuvé par l'EMA en septembre 2022 et remboursé en France depuis 2023, le faricimab est le premier anti-VEGF bispecifique de la rétine. Il bloque deux protéines simultanément :

L'idée : en bloquant deux voies au lieu d'une, on obtient une stabilisation plus durable des vaisseaux et l'effet se prolonge plus longtemps après chaque injection.

Mécanisme d'action du faricimab : double blocage VEGF-A et Ang-2 Faricimab : un anticorps, deux cibles VEGF Ang-2 Anticorps bispecifique VEGF-A Déclenche la prolifération des vaisseaux anormaux Ang-2 Déstabilise les vaisseaux et entretient l'inflammation Double blocage → vaisseaux plus stables → effet plus durable → injections espacées

Les essais pivots TENAYA et LUCERNE ont comparé le faricimab à l'aflibercept 2 mg chez plus de 1 300 patients. Les résultats publiés dans The Lancet en 2022 :

Concrètement, un patient bien répondeur peut donc passer de 6-7 injections par an à 3 ou 4 — pour un résultat visuel identique. Pour beaucoup, c'est le facteur décisif.

4. Aflibercept 8 mg (Eylea HD®) : la même molécule, mais 4 fois plus concentrée

L'autre nouveauté majeure ne change pas de molécule : c'est l'aflibercept à haute dose (8 mg contre 2 mg auparavant), commercialisé sous le nom Eylea HD. La quantité de principe actif injectée est multipliée par 4 dans un volume légèrement supérieur (70 µL contre 50). L'AMM européenne date de janvier 2024.

L'essai clé PULSAR, publié dans The Lancet en février 2024, a inclus plus de 1 000 patients atteints de DMLA exsudative. Les résultats principaux à 48 semaines :

L'avantage d'Eylea HD est sa simplicité : c'est la même molécule que les médecins utilisent depuis dix ans, avec un recul important sur la sécurité à long terme. Seul le schéma de dose change. Pour les patients déjà bien répondeurs à l'Eylea classique, c'est souvent l'option proposée en premier.

5. Comparatif des principaux anti-VEGF disponibles en 2026

Molécule Cible Intervalle max. réaliste Statut France 2026
Ranibizumab (Lucentis®) VEGF-A 4 à 8 semaines Remboursé (historique)
Aflibercept 2 mg (Eylea®) VEGF-A & PlGF 8 à 12 semaines Remboursé
Faricimab (Vabysmo®) VEGF-A & Ang-2 12 à 16 semaines Remboursé depuis 2023
Aflibercept 8 mg (Eylea HD®) VEGF-A & PlGF (haute dose) 12 à 16 semaines Remboursé depuis 2024
Brolucizumab (Beovu®) VEGF-A 8 à 12 semaines Utilisation limitée (risque inflammatoire)

6. Que change-t-on concrètement pour le patient ?

Le bénéfice visuel principal — la stabilisation de la vision — n'est pas supérieur avec les nouvelles molécules. Ce qui change vraiment, c'est le parcours de soin :

Tous les patients peuvent-ils en bénéficier ? Non—ou pas tous au même degré. Comme avec les anti-VEGF classiques, environ 20 à 25 % des patients ne répondent pas assez pour atteindre les longs intervalles. Pour eux, on revient à un schéma plus rapproché. L'ophtalmologiste choisit le schéma au cas par cas, en fonction de la réponse anatomique mesurée à chaque contrôle OCT.

7. Et après ? Gels à libération prolongée et thérapie génique

L'industrie continue de chercher à réduire encore le nombre d'injections. Deux pistes sont aujourd'hui les plus avancées :

Les hydrogels à libération prolongée

Plusieurs laboratoires développent des gels biodégradables contenant un anti-VEGF, injectés comme une injection classique mais qui libèrent leur principe actif sur 6 à 12 mois. Les premiers essais de phase 2 sont en cours.

La thérapie génique anti-VEGF

L'idée est de faire produire l'anti-VEGF par la rétine elle-même après une seule injection sous-rétinienne. Les programmes les plus avancés (RGX-314, Ixoberogene soroparvovec) montrent une efficacité maintenue sur plus de 2 ans avec une administration unique. Pour aller plus loin, lisez notre article : thérapie génique en ophtalmologie.

8. Et la DMLA atrophique ?

Cet article ne couvre que la forme exsudative (humide). La forme atrophique, plus fréquente, était jusqu'ici sans traitement. Deux molécules (pegcetacoplan, avacincaptad pegol) ciblant la voie du complément ont été approuvées aux États-Unis en 2023-2024. Elles ralentissent l'extension des plages d'atrophie, sans améliorer la vision. Leur place en France reste à préciser après évaluation par la HAS.

Important : le suivi de la DMLA exsudative reste indispensable, même en cas de stabilisation prolongée. La maladie peut se réactiver à tout moment. La grille d'Amsler (auto-surveillance à domicile) et les contrôles OCT réguliers restent les piliers du suivi. Lisez aussi notre article sur le dépistage précoce de la DMLA.

9. En résumé

Pour aller plus loin, consultez nos pages dédiées à la DMLA, à l'injection intravitréenne, à la chirurgie de la rétine et au laser ophtalmologique.

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Sources principales : Heier JS et al., TENAYA/LUCERNE, The Lancet 2022 (faricimab vs aflibercept dans la DMLA néovasculaire) ; Lanzetta P et al., PULSAR, The Lancet 2024 (aflibercept 8 mg) ; Holekamp NM et al., ARCHWAY, Ophthalmology 2022 (Susvimo) ; recommandations SFO 2024-2025 sur la prise en charge de la DMLA exsudative ; avis HAS Vabysmo (juillet 2023) et Eylea HD (avril 2024).