Glaucome : Dépistage et Traitement à Paris

Protéger votre nerf optique, préserver votre vision

Le glaucome : le voleur silencieux de la vue

Le glaucome est une neuropathie optique chronique et progressive, le plus souvent liée à une élévation de la pression intraoculaire (PIO). Surnommé le « voleur silencieux de la vue », il détruit progressivement les fibres nerveuses rétiniennes qui transmettent les images au cerveau, sans douleur ni symptôme apparent pendant des années.

En France, plus d'un million de personnes sont touchées, et près de la moitié l'ignorent. Dans le monde, le glaucome est la deuxième cause de cécité après la cataracte, avec environ 80 millions de personnes atteintes et plus de 10 millions de cas de cécité bilatérale. L'Organisation Mondiale de la Santé estime que ce chiffre atteindra 112 millions en 2040, en raison du vieillissement de la population mondiale.

En Europe, la prévalence du glaucome à angle ouvert est estimée à 2,4 % chez les plus de 40 ans, atteignant 7 % au-delà de 80 ans. Le coût socio-économique est considérable : perte d'autonomie, chutes, accidents de la route et détérioration de la qualité de vie. Sans prise en charge, il entraîne une perte irréversible du champ visuel, pouvant mener à la cécité complète.

Facteurs de risque

Non modifiables

  • Âge > 40 ans — risque doublé chaque décennie
  • Antécédents familiaux — risque multiplié par 4 à 9 si parent au 1er degré atteint
  • Origine ethnique — prévalence 4 à 5 fois plus élevée chez les personnes d'origine africaine ou caribéenne
  • Myopie forte (> -6 dioptries) — nerf optique plus vulnérable
  • Cornée fine (< 520 µm) — sous-estimation de la PIO réelle

Modifiables / Associés

  • Pression intraoculaire élevée — principal facteur modifiable (normale : 10–21 mmHg)
  • Corticothérapie prolongée — collyres ou systémique
  • Diabète — risque augmenté de 35 %
  • Hypertension artérielle et hypotension nocturne
  • Syndrome d'apnée du sommeil
  • Syndrome pseudo-exfoliatif

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Comprendre le mécanisme du glaucome

Le glaucome résulte d'un déséquilibre entre la production et l'évacuation de l'humeur aqueuse, le liquide transparent qui nourrit la cornée et le cristallin. Produite en permanence par le corps ciliaire à un débit de 2 à 3 µL/min, l'humeur aqueuse maintient une pression intraoculaire normale comprise entre 10 et 21 mmHg. Cette PIO connaît des variations diurnes physiologiques pouvant atteindre 5 mmHg, avec un pic matinal. Toute résistance à l'évacuation entraîne une montée de pression qui comprime et détruit les fibres du nerf optique.

Circulation de l'humeur aqueuse et mécanisme du glaucome Circulation de l'humeur aqueuse 1. PRODUCTION Corps ciliaire 2–3 µL/min Volume total : 250 µL Flux 2. CIRCULATION Chambre antérieure PIO : 10–21 mmHg Drainage 3. DRAINAGE Trabéculum 90 % de la voie d'évacuation (voie conventionnelle) Canal de Schlemm Canaux collecteurs Veines épisclérales Quand le drainage se bloque Trabéculum obstrué PIO > 21 mmHg Nerf optique endommagé 1,2 million de fibres nerveuses par nerf optique — chaque fibre perdue est irremplaçable Perte physiologique : ~5 000 fibres/an — le glaucome accélère cette perte de 5 à 10 fois Conséquence : perte du champ visuel Vision normale Scotomes Vision tubulaire La vision centrale est préservée longtemps, ce qui retarde le diagnostic

Progression du champ visuel dans le glaucome

La périmétrie de Humphrey permet de visualiser l'évolution de la perte visuelle. Le glaucome attaque d'abord la périphérie, préservant longtemps la vision centrale, ce qui explique le diagnostic souvent tardif.

Progression du champ visuel glaucomateux Stades de perte du champ visuel (type Humphrey 24-2) Stade 1 : Normal Champ visuel complet Tache aveugle physiologique Stade 2 : Scotome nasal Ressaut nasal (nasal step) Souvent asymptomatique Stade 3 : Scotome arciforme Déficit en arc relié à la tache aveugle (Bjerrum) Stade 4 : Vision tubulaire Îlot central résiduel Cécité fonctionnelle imminente

OCT du nerf optique : lecture schématique

L'OCT mesure l'épaisseur de la couche des fibres nerveuses rétiniennes (RNFL) autour du nerf optique. Le résultat est comparé à une base de données normative ajustée selon l'âge du patient.

OCT du nerf optique — Épaisseur RNFL par quadrant Carte RNFL péripapillaire et rapport C/D Œil normal S : 125 µm I : 130 µm T 78 µm N 72 µm C/D 0.3 Moyenne RNFL : 98 µm Tous les secteurs dans la norme Œil glaucomateux S : 68 µm I : 82 µm T 65 µm N 55 µm C/D 0.7 Moyenne RNFL : 62 µm Amincissement supérieur et nasal Légende : Normal (p > 5 %) Limite (p < 5 %) Anormal (p < 1 %)
Simulation de la vision avec un glaucome avancé montrant la perte de vision périphérique
Simulation de la vision avec un glaucome avancé — Crédit : National Eye Institute (domaine public)

Les différents types de glaucome

Glaucome chronique à angle ouvert

90 % des cas
  • Forme la plus fréquente, chronique et progressive
  • L'angle irido-cornéen reste ouvert, mais le trabéculum s'obstrue progressivement
  • Évolution lente et totalement asymptomatique pendant des années
  • La perte de champ visuel commence en périphérie, passant longtemps inaperçue
  • Facteurs de risque : âge > 40 ans, antécédents familiaux, myopie forte, origine africaine
  • Nécessite un dépistage systématique à partir de 40 ans

Glaucome aigu par fermeture de l'angle

Urgence
  • Urgence ophtalmologique : l'iris bloque brutalement le drainage
  • Pression intraoculaire qui s'élève brutalement (> 40 mmHg)
  • Symptômes aigus : douleur oculaire intense, œil rouge, vision floue, halos colorés
  • Nausées et vomissements possibles (piège diagnostique)
  • Plus fréquent chez les hypermétropes, les femmes et les personnes d'origine asiatique
  • Traitement d'urgence : collyres + iridotomie laser (YAG) pour rétablir le flux
Photo clinique d'un glaucome aigu par fermeture de l'angle
Glaucome aigu par fermeture de l'angle — Crédit : James Heilman, MD (CC BY-SA 3.0)
OCT du segment antérieur montrant une fermeture de l'angle avec chambre antérieure plate — glaucome malin
OCT Intalight du segment antérieur — Glaucome malin : chambre antérieure plate avec fermeture de l'angle (IPO Paris)

Glaucome à pression normale

15–25 % des GPAO
  • La PIO reste constamment dans les normes (≤ 21 mmHg), mais le nerf optique subit des dommages progressifs
  • Mécanisme probable : vulnérabilité vasculaire du nerf optique (insuffisance de perfusion, vasospasme)
  • Associé à la migraine, au phénomène de Raynaud et à l'hypotension artérielle nocturne
  • Diagnostic souvent tardif car la PIO « normale » rassure faussement
  • L'objectif thérapeutique est d'abaisser la PIO de 30 % par rapport au niveau de base

Glaucome pigmentaire

Sujet jeune
  • Lié au syndrome de dispersion pigmentaire : l'iris postérieur frotte contre le cristallin, libérant des granules de mélanine
  • Ces pigments obstruent les mailles du trabéculum, augmentant la résistance à l'écoulement
  • Touche préférentiellement les hommes jeunes myopes (20–45 ans)
  • Pics de PIO possibles après exercice physique ou dilatation pupillaire
  • Diagnostic : signe de Krukenberg sur l'endothélium cornéen, transillumination irienne en rayons de roue

Glaucome pseudo-exfoliatif

Fréquent > 60 ans
  • Accumulation de matériel pseudo-exfoliatif (PEX) — protéine fibrillaire anormale — sur le cristallin, l'iris et dans l'angle
  • Ce matériel obstrue le trabéculum et augmente la PIO, souvent de manière asymétrique entre les deux yeux
  • Risque de glaucome multiplié par 5 à 10 par rapport à la population générale
  • Réponse au traitement médical parfois moins bonne, nécessitant un recours plus précoce au laser ou à la chirurgie
  • Association fréquente avec une fragilité zonulaire, à prendre en compte lors de la chirurgie de la cataracte

Glaucome néovasculaire

Secondaire
  • Complication d'une ischémie rétinienne sévère (rétinopathie diabétique proliférante, occlusion veineuse rétinienne)
  • Des néovaisseaux anormaux envahissent l'angle irido-cornéen, bloquant le drainage de l'humeur aqueuse
  • PIO souvent très élevée (> 40 mmHg), avec douleur et inflammation
  • Traitement : injections anti-VEGF en urgence + panphotocoagulation rétinienne, puis chirurgie de drainage si nécessaire
  • Pronostic réservé, nécessitant une prise en charge rapide et pluridisciplinaire

Glaucome congénital et infantile

Le glaucome congénital se manifeste dès la naissance ou dans les premiers mois de vie par un larmoiement excessif, une photophobie et une augmentation du diamètre cornéen (buphtalmie). Il est causé par une anomalie de développement de l'angle irido-cornéen (dysgénésie). Le traitement est exclusivement chirurgical (goniotomie ou trabéculotomie) et doit être réalisé en urgence pour préserver la vision.

Glaucomes secondaires

Glaucome cortisonique

L'utilisation prolongée de corticoïdes — qu'ils soient administrés par voie locale (collyres, pommades), péri-oculaire (injections), ou systémique (comprimés) — peut provoquer une élévation significative de la pression intraoculaire. Ce glaucome cortico-induit touche environ 5 à 6 % de la population générale (répondeurs à la cortisone) et survient classiquement après plusieurs semaines de traitement. Il est généralement réversible à l'arrêt de la corticothérapie, mais peut laisser des séquelles définitives en cas de diagnostic tardif. Tout patient sous corticoïdes au long cours doit bénéficier d'une surveillance régulière de la PIO.

Glaucome post-traumatique

Un traumatisme oculaire (contusion, plaie perforante) peut endommager les structures de l'angle irido-cornéen et provoquer un glaucome, parfois des mois ou des années après le traumatisme initial. Le mécanisme implique une récession de l'angle, une cicatrisation trabéculaire ou des synéchies. Tout antécédent de traumatisme oculaire, même ancien, justifie un dépistage régulier du glaucome à vie.

Le bilan glaucome à l'IPO

Un bilan complet et structuré pour évaluer précisément l'état de votre nerf optique et adapter la stratégie thérapeutique.

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Mesure de la pression intraoculaire

La pression intraoculaire est mesurée par tonométrie à air pulsé (sans contact, rapide) ou par tonométrie à aplanation de Goldmann (méthode de référence, au biomicroscope). L'interprétation de la mesure dépend de manière cruciale de l'épaisseur de la cornée (pachymétrie), normale ~545 µm : une cornée fine sous-estime la PIO réelle, une cornée épaisse la surestime. C'est pourquoi la pachymétrie est systématiquement réalisée lors du bilan initial. La PIO normale se situe entre 10 et 21 mmHg, avec des variations diurnes pouvant atteindre 5 mmHg. En cas de doute, une courbe de PIO sur 24 heures peut être réalisée.

Point essentiel : il existe des glaucomes à pression normale (15 à 25 % des glaucomes à angle ouvert), où le nerf optique s'abîme malgré une PIO toujours dans les normes. Une PIO « normale » ne permet donc jamais d'exclure un glaucome : seul un bilan complet incluant l'OCT du nerf optique et le champ visuel permet un diagnostic fiable.

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OCT du nerf optique et du complexe ganglionnaire

L'analyse des fibres nerveuses rétiniennes par OCT (tomographie par cohérence optique) est un outil fondamental du diagnostic précoce du glaucome. L'OCT réalise une cartographie des fibres nerveuses péripapillaires (RNFL) dans les 4 quadrants : supérieur, inférieur, temporal et nasal. Il mesure également le complexe cellulaire ganglionnaire (GCC) maculaire et calcule le rapport cup-to-disc (C/D), reflet de l'excavation papillaire. Chaque mesure est comparée à une base de données normative ajustée selon l'âge, avec un code couleur : vert (normal, p > 5 %), jaune (limite, p < 5 %), rouge (anormal, p < 1 %).

L'intérêt majeur de l'analyse des fibres nerveuses est de permettre un diagnostic précoce AVANT tout retentissement sur le champ visuel. En effet, une perte significative de fibres nerveuses est détectable à l'OCT bien avant que le patient ne présente des scotomes au champ visuel. Le suivi dans le temps par des examens répétés permet de détecter une progression infraclinique et d'intervenir plus tôt. L'IPO dispose d'un OCT Zeiss Cirrus et d'un périmètre Humphrey pour cette évaluation.

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Champ visuel (périmétrie de Humphrey)

Vous êtes installé devant une coupole blanche. Vous fixez un point lumineux central et appuyez sur un bouton chaque fois que vous percevez un stimulus lumineux en périphérie. Le test dure 5 à 8 minutes par œil (protocole SITA-Standard 24-2 ou 30-2). L'appareil fait varier l'intensité lumineuse pour déterminer le seuil de sensibilité de chaque point du champ visuel. Le logiciel génère des cartes de déviation (totale et modèle) et des indices globaux : MD (Mean Deviation, perte moyenne) et VFI (Visual Field Index, pourcentage de fonction résiduelle). La fiabilité du test est contrôlée par les faux positifs, faux négatifs et pertes de fixation.

Humphrey Field Analyzer 3 Zeiss — Appareil de périmétrie automatisée utilisé à l'IPO
Humphrey Field Analyzer 3 (Zeiss) — Périmètre automatisé de l'IPO
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Gonioscopie

Examen de l'angle irido-cornéen à l'aide d'un verre de contact spécial (verre de Goldmann ou Zeiss). Après instillation d'un gel, le médecin examine sur 360° la configuration de l'angle selon la classification de Shaffer (grade 0 à 4). Il recherche des synéchies, des dépôts pigmentaires, du matériel pseudo-exfoliatif ou des néovaisseaux. La gonioscopie détermine si l'angle est ouvert ou fermé, orientant le diagnostic et la stratégie thérapeutique.

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Analyse par Forum Glaucoma Workplace

L'ensemble des données du bilan glaucome (OCT du nerf optique, analyse des fibres nerveuses, champ visuel) est intégré et analysé via le Forum Glaucoma Workplace, un outil d'intelligence artificielle dédié au glaucome. Cette plateforme permet une analyse systématique et croisée de toutes les données structurelles et fonctionnelles, facilitant l'identification de petites pertes précoces qui pourraient passer inaperçues à l'analyse individuelle de chaque examen. Le logiciel génère des courbes de tendance (trend analysis) qui permettent de suivre l'évolution dans le temps et de détecter toute progression, même minime, avec une objectivité et une reproductibilité supérieures. Cet outil constitue une aide précieuse à la décision clinique, en complément de l'expertise du spécialiste.

Les traitements du glaucome

L'objectif est de réduire la pression intraoculaire pour stopper la progression de la maladie. La PIO cible est déterminée individuellement en fonction du stade, de la PIO initiale et de la vitesse de progression. La prise en charge moderne du glaucome connaît un essor vers des solutions de moins en moins invasives : collyres sans conservateurs pour améliorer la tolérance locale, laser SLT en première intention, et techniques chirurgicales mini-invasives (MIGS). Plusieurs options sont disponibles, souvent combinées.

Collyres hypotonisants

Première intention

Les collyres constituent le traitement de référence en première intention. Principales classes et molécules :

  • Analogues de prostaglandines (latanoprost, travoprost, bimatoprost) — 1 goutte le soir, réduction de la PIO de 25–35 %. Effets secondaires : allongement des cils, pigmentation irienne, hyperémie conjonctivale
  • Bêta-bloquants (timolol 0,5 %, bétaxolol) — 1 à 2 gouttes/jour, réduction de 20–25 %. Contre-indiqués en cas d'asthme ou de bradycardie
  • Inhibiteurs de l'anhydrase carbonique (IAC) (dorzolamide, brinzolamide) — 2 à 3 gouttes/jour, réduction de 15–20 %
  • Alpha-agonistes (brimonidine, apraclonidine) — 2 à 3 gouttes/jour, réduction de 20–25 %. Risque d'allergie locale
  • Combinaisons fixes (dorzolamide-timolol, brimonidine-timolol, bimatoprost-timolol) — simplifient l'observance en réduisant le nombre d'instillations

Les collyres sans conservateurs sont désormais privilégiés chaque fois que possible. Les conservateurs (notamment le chlorure de benzalkonium) peuvent provoquer une inflammation chronique de la surface oculaire, une sécheresse, et compromettre le succès d'une éventuelle chirurgie filtrante ultérieure. Les formulations unidoses ou les flacons multidoses sans conservateurs améliorent significativement la tolérance et le confort du patient.

L'adhérence au traitement est fondamentale. Le glaucome étant une maladie asymptomatique au départ, de nombreux patients sont tentés de négliger ou d'interrompre leur traitement par collyres, ne ressentant aucune gêne. Or l'instillation quotidienne doit être rigoureuse et à vie. L'arrêt des collyres entraîne une remontée de la PIO en quelques jours. Il est essentiel de respecter scrupuleusement les prescriptions et de maintenir un suivi régulier, 1 à 2 fois par an, même en l'absence de symptômes. Technique recommandée : fermer les yeux 2 minutes après instillation et comprimer le point lacrymal pour limiter le passage systémique.

Laser SLT (Trabéculoplastie Sélective)

Traitement de première intention recommandé par l'EGS

Depuis 2020, le laser SLT est recommandé en première intention par la Société Européenne du Glaucome (European Glaucoma Society — EGS), même avant l'instauration de collyres. Cette recommandation s'appuie notamment sur l'étude LiGHT (Lancet, 2019), un essai randomisé multicentrique de référence qui a démontré que le SLT en première intention offre un contrôle pressionnel au moins équivalent à celui des collyres, avec une meilleure observance, un meilleur rapport coût-efficacité et une meilleure qualité de vie des patients.

Vue gonioscopique de l'angle irido-cornéen lors d'un traitement SLT montrant le trabéculum
Vue gonioscopique de l'angle irido-cornéen : LS = ligne de Schwalbe, TM ant./post. = trabéculum antérieur/postérieur, ES = éperon scléral, BC = bande ciliaire — IPO Paris

Mécanisme d'action

Le laser SLT utilise un Nd:YAG doublé à 532 nm (lumière verte) qui cible de manière sélective les cellules pigmentées (mélanocytes) du trabéculum. Des spots de 400 à 500 µm sont appliqués sur le trabéculum sur 360°. La procédure est non invasive et ne provoque aucune lésion thermique des tissus adjacents : contrairement à l'ancien laser ALT (Argon Laser Trabeculoplasty), les impacts très courts (3 nanosecondes) déclenchent une réponse biologique de remodelage du trabéculum sans cicatrice, ce qui rend le traitement renouvelable. L'énergie délivrée est de 0,3 à 1,0 mJ par impact.

Protocole : 2 séances par œil

À l'IPO Paris, le SLT est réalisé en 2 séances par œil, espacées d'au moins 1 semaine. Ce protocole en deux temps permet de traiter 180° du trabéculum lors de chaque séance (50 spots de 400 µm par hémi-cercle), évitant ainsi le risque de pic pressionnel réactionnel qui peut survenir lorsque les 360° sont traités en une seule séance. Chaque séance dure environ 5 minutes, est indolore et se réalise en consultation avec une simple goutte anesthésiante et un verre de gonioscopie.

Résultats et suivi

Efficace chez 80 % des patients, avec une réduction de la PIO de 20 à 30 % (6–9 mmHg en moyenne). L'effet se stabilise en 4 à 6 semaines et offre une efficacité prolongée de 2 à 3 ans, voire plus. Si l'effet diminue avec le temps, le traitement est renouvelable car il ne crée pas de cicatrice trabéculaire permanente : c'est un avantage majeur par rapport à l'ancien laser ALT. Le SLT permet à de nombreux patients de réduire ou d'éliminer leur dépendance aux collyres quotidiens.

Chirurgie filtrante

Glaucome avancé ou résistant

Sclérectomie profonde non perforante (SPNP) — Technique de choix à l'IPO Paris

La sclérectomie profonde non perforante est la technique chirurgicale privilégiée par le Dr Akesbi à l'Institut Parisien d'Ophtalmologie. Aussi efficace que la trabéculectomie pour le contrôle de la PIO, elle offre un profil de sécurité significativement supérieur.

Sclérectomie profonde non perforante (SPNP) — Technique de choix pour le glaucome à angle ouvert

La SPNP est la technique chirurgicale de référence pour le glaucome à angle ouvert. Il s'agit d'une chirurgie filtrante non perforante : contrairement à la trabéculectomie, elle ne réalise pas d'ouverture complète (pleine épaisseur) de la paroi oculaire. Le chirurgien dissèque un volet scléral profond pour exposer la membrane trabéculo-descemétique, une fine membrane semi-perméable qui permet une filtration contrôlée de l'humeur aqueuse vers l'espace sous-conjonctival, sans communication directe avec la chambre antérieure.

Avantages par rapport à la trabéculectomie :

  • Risque d'hypotonie postopératoire très réduit — pas de chute brutale de la PIO grâce à la filtration contrôlée
  • Pas de mise à plat de la chambre antérieure — complication fréquente de la trabéculectomie, évitée ici
  • Risque d'endophtalmie significativement diminué — l'absence de perforation pleine épaisseur limite le risque infectieux
  • Récupération visuelle plus rapide et suites opératoires plus simples
  • Efficacité comparable à la trabéculectomie sur le contrôle de la PIO à long terme

La SPNP peut être optimisée par l'utilisation d'antimétabolites peropératoires (mitomycine C) pour limiter la fibrose. Si le débit de filtration devient insuffisant au fil du temps, une goniopuncture au laser Nd:YAG peut être réalisée secondairement en consultation pour micro-perforer la membrane trabéculo-descemétique et relancer la filtration, sans nouvelle intervention chirurgicale.

Trabéculectomie — Technique de référence pour le glaucome à angle fermé

La trabéculectomie est la technique chirurgicale de choix pour le glaucome à angle fermé et reste une intervention de référence dans le glaucome avancé résistant aux autres traitements. Technique : création d'un volet scléral lamellaire, exérèse d'un bloc trabéculaire, iridectomie périphérique et suture du volet conjonctival. L'humeur aqueuse est drainée vers l'espace sous-conjonctival, formant une bulle de filtration. Des antimétabolites sont appliqués en peropératoire : mitomycine C (0,2–0,4 mg/mL pendant 1–3 min) ou 5-fluorouracile (50 mg/mL) pour limiter la fibrose.

Implants de drainage

En cas d'échec ou chez les patients à haut risque de fibrose (glaucome néovasculaire, réintervention), des implants de drainage sont utilisés : valve d'Ahmed (à débit régulé) ou tube de Baerveldt (non valvé, réduction de PIO plus importante). Réduction de la PIO de 40 à 60 %. Suivi rapproché les premières semaines pour ajuster la cicatrisation (suturolysis laser, needling si besoin).

MIGS (Chirurgie Micro-Invasive du Glaucome)

Catégorie thérapeutique majeure

Les MIGS (Micro-Invasive Glaucoma Surgery) représentent une catégorie thérapeutique majeure dans la prise en charge moderne du glaucome. En comblant le fossé entre les traitements médicaux (collyres, laser) et la chirurgie filtrante traditionnelle, les MIGS offrent une approche chirurgicale à faible risque pour les glaucomes légers à modérés, avec une récupération rapide et un excellent profil de sécurité.

iStent & iStent inject W — Le plus petit implant médical au monde

L'iStent (et sa version de dernière génération, l'iStent inject W) est le plus petit implant médical jamais conçu. Ce micro-stent trabéculaire ab interno est :

  • Fabriqué en titane, recouvert d'héparine, mesurant seulement 1 mm de long (0,36 mm pour l'iStent inject W)
  • Implanté par voie ab interno (depuis l'intérieur de l'œil), à travers le trabéculum, pour créer un pont direct entre la chambre antérieure et le canal de Schlemm
  • Posé le plus souvent au cours d'une chirurgie combinée avec l'extraction de la cataracte (phacoémulsification + iStent), sans incision supplémentaire
  • L'iStent inject W permet l'implantation de 2 micro-stents pré-chargés dans un seul injecteur, améliorant le drainage sur 2 sites du trabéculum

En contournant la résistance du trabéculum — principal site d'obstruction dans le glaucome à angle ouvert — l'iStent rétablit la voie physiologique de drainage de l'humeur aqueuse. Résultats : réduction de la PIO d'environ 20 % et diminution voire arrêt des collyres nécessaires. L'iStent est approuvé par la FDA et bénéficie d'un profil de sécurité bien établi avec plus de 10 ans de recul clinique.

Micro-stent et chirurgie de la cataracte : une association à proposer systématiquement

L'implantation d'un micro-stent de pontage trabéculaire couplée à la chirurgie de la cataracte permet une diminution voire un arrêt complet des collyres hypotonisants. Cette combinaison devrait être systématiquement proposée à tout patient glaucomateux nécessitant une chirurgie de la cataracte, car elle offre une opportunité unique de traiter les deux pathologies en un seul temps opératoire, avec un rapport bénéfice-risque très favorable.

Illustration de l'implantation d'un iStent inject dans le trabéculum — micro-stent créant un pont entre la chambre antérieure et le canal de Schlemm
iStent inject — Implantation du micro-stent trabéculaire dans l'angle irido-cornéen
iStent — Micro-stent trabéculaire dans l'angle irido-cornéen Implantation de l'iStent dans l'angle irido-cornéen Coupe transversale — Micro-bypass trabéculaire ab interno Canal de Schlemm Canaux collecteurs Trabéculum Cornée Chambre antérieure Iris iStent Titane + héparine · 1 mm Pont trabéculum → Schlemm Flux d'humeur aqueuse Entrée via iStent Drainage dans Schlemm Trabéculum (contourné)

Autres dispositifs et techniques MIGS

  • Trabéculotomie au Laser Excimer ELIOS+ — technique récente et innovante : un laser excimer XeCl (308 nm) est délivré via une sonde endoscopique ab interno pour réaliser des micro-perforations contrôlées du trabéculum, ouvrant un accès direct au canal de Schlemm. Procédure non thermique (pas de brûlure des tissus adjacents), précise et reproductible. Peut être combinée à la chirurgie de la cataracte. Réduction de la PIO de 25–35 %
  • Hydrus Microstent — scaffold en nitinol de 8 mm implanté dans le canal de Schlemm, dilatant 3 heures d'horloge du canal pour améliorer le drainage. Réduction de la PIO de 25–30 %
  • XEN Gel Stent — tube en gélatine réticulée de 6 mm implanté par voie ab interno, créant une dérivation vers l'espace sous-conjonctival. Lumière de 45 µm calibrée pour éviter l'hypotonie. Réduction de la PIO de 30–40 %
  • iTrack (canaloplastie ab interno) — microcathéter illuminé qui dilate le canal de Schlemm sur 360° par viscodilatation, rétablissant le drainage physiologique sans implant permanent
  • Kahook Dual Blade (goniotomie) — lame spécialement conçue pour exciser une bande de trabéculum par voie ab interno, créant une ouverture directe vers le canal de Schlemm. Procédure simple, souvent combinée à la cataracte
  • Preserflo MicroShunt — tube en SIBS (poly(styrène-b-isobutylène-b-styrène)) de 8,5 mm, lumière de 70 µm, implanté par voie ab externo sous la conjonctive avec mitomycine C. Résultats proches de la trabéculectomie

Avantages des MIGS : procédure plus courte, récupération rapide, moins de complications qu'une chirurgie filtrante classique, et possibilité de combiner avec l'extraction de la cataracte dans le même temps opératoire. Les MIGS constituent aujourd'hui une option essentielle dans la stratégie thérapeutique graduée du glaucome.

Suivi et surveillance du glaucome

Le glaucome est une maladie chronique nécessitant un suivi à vie. La maladie étant asymptomatique au départ, de nombreux patients sous-estiment l'importance du suivi. Or la régularité des contrôles — 1 à 2 fois par an selon le stade — est essentielle pour détecter toute progression et adapter le traitement. L'adhérence au traitement et le respect des rendez-vous de surveillance sont les clés de la préservation visuelle.

Consultations de suivi (tous les 3 à 6 mois)

  • Mesure de la PIO — vérification que la pression cible est atteinte
  • Évaluation de l'observance — discussion sur la tolérance et la régularité des collyres
  • Examen du segment antérieur — recherche d'effets secondaires (hyperémie, allergie, dépôts)
  • Fond d'œil — aspect de la papille optique et du rapport C/D
  • Ajustement thérapeutique si la PIO cible n'est pas atteinte

Bilans annuels complets

  • OCT du nerf optique et du GCC — comparaison avec les examens précédents, analyse de tendance (trend analysis)
  • Champ visuel de Humphrey — analyse de progression (GPA, Guided Progression Analysis), calcul de la pente du MD
  • Photos de la papille — documentation de l'aspect du disque optique
  • Réévaluation de la PIO cible en fonction de la progression
  • Si progression avérée : envisager escalade thérapeutique (ajout de collyre, laser SLT, chirurgie)

Le glaucome se contrôle, il ne se guérit pas

Les fibres nerveuses détruites ne se régénèrent pas. Le traitement permet de stabiliser la maladie, jamais de restaurer la vision perdue. C'est pourquoi le dépistage précoce est essentiel.

Ne modifiez jamais votre traitement sans avis médical, même si vous ne ressentez aucun symptôme. L'arrêt des collyres entraîne une remontée de la PIO en quelques jours.

Questions fréquentes sur le glaucome

Le glaucome est-il héréditaire ?

Oui, la composante génétique est importante. Si un parent au premier degré (père, mère, frère, sœur) est atteint de glaucome, votre risque est multiplié par 4 à 9. Plusieurs gènes ont été identifiés (MYOC, OPTN, WDR36), mais le glaucome est le plus souvent polygénique et multifactoriel. Un dépistage dès 40 ans (ou plus tôt en cas d'antécédents) est fortement recommandé.

Peut-on guérir du glaucome ?

Non, le glaucome ne se guérit pas. Les fibres nerveuses détruites sont irremplaçables. En revanche, les traitements actuels permettent de stabiliser efficacement la maladie et de prévenir toute perte visuelle supplémentaire chez la grande majorité des patients. L'objectif est de maintenir la PIO à un niveau suffisamment bas pour protéger le nerf optique tout au long de la vie.

Est-ce que le glaucome fait mal ?

Le glaucome chronique à angle ouvert (90 % des cas) est totalement indolore. C'est précisément ce qui le rend dangereux : la perte de vision progresse silencieusement. Seul le glaucome aigu par fermeture de l'angle provoque une douleur intense, des nausées et une baisse brutale de la vision — c'est une urgence ophtalmologique nécessitant un traitement immédiat.

À partir de quel âge se faire dépister ?

Un dépistage est recommandé à partir de 40 ans pour la population générale, avec un contrôle tous les 2 à 3 ans. En présence de facteurs de risque (antécédents familiaux, myopie forte, origine africaine ou caribéenne, corticothérapie), le dépistage doit débuter dès 30 ans avec des contrôles plus rapprochés. Après 60 ans, un contrôle annuel est conseillé.

Combien de temps dure le traitement ?

Le traitement du glaucome est un traitement à vie. Que ce soit par collyres, laser ou chirurgie, l'objectif est de maintenir en permanence la PIO sous un seuil protecteur. L'arrêt du traitement entraîne une remontée de la pression en quelques jours (collyres) à quelques mois (après chirurgie). Un suivi régulier est indispensable pour adapter la stratégie au fil du temps.

Le cannabis traite-t-il le glaucome ?

Le THC (tétrahydrocannabinol) peut effectivement abaisser la PIO de 25 à 30 %, mais cet effet ne dure que 3 à 4 heures, ce qui nécessiterait 6 à 8 prises par jour. De plus, le cannabis provoque une hypotension artérielle systémique qui peut réduire la perfusion du nerf optique, aggravant potentiellement le glaucome. Aucune société savante d'ophtalmologie ne recommande le cannabis comme traitement du glaucome. Les collyres et le laser restent bien plus efficaces et sûrs.

Peut-on conduire avec un glaucome ?

Cela dépend du stade de la maladie. En France, la réglementation exige un champ visuel binoculaire d'au moins 120° en horizontal et l'absence de scotome dans les 20° centraux pour le permis B. Un glaucome débutant à modéré, bien traité, permet généralement de conduire. Aux stades avancés, avec une perte significative du champ visuel périphérique, la conduite peut être dangereuse et interdite. Un champ visuel binoculaire spécifique (Esterman) est réalisé pour évaluer l'aptitude à la conduite.

Quels sont les signes d'alerte ?

Le glaucome chronique ne donne aucun signe d'alerte : c'est une maladie silencieuse. Les symptômes n'apparaissent qu'à un stade avancé : difficultés à percevoir les obstacles latéraux, sensation de vision « en tunnel », chutes fréquentes. En revanche, une douleur oculaire brutale, un œil rouge, des halos colorés et une baisse de vision aiguë signalent un glaucome aigu par fermeture de l'angle — consultez en urgence.

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