Ptérygion : quand le soleil fait pousser une membrane sur l'œil

L'« œil du surfeur » : comprendre, traiter et prévenir

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Avec les beaux jours reviennent les longues journées en plein air : plage, montagne, jardinage, sports nautiques. Le soleil fait du bien au moral, mais il sollicite aussi nos yeux — parfois durablement. Le ptérygion en est l'illustration la plus visible : cette petite membrane rosée, triangulaire, qui grignote peu à peu le blanc de l'œil puis la cornée. On le surnomme l'« œil du surfeur », tant il est lié à l'exposition aux ultraviolets. Bénin dans l'immense majorité des cas, il peut néanmoins gêner, rougir et, lorsqu'il avance trop, altérer la vision. Bonne nouvelle : la chirurgie a fait de réels progrès et permet aujourd'hui d'éviter la récidive dans la grande majorité des cas.

UV
le principal facteur de risque, surtout l'exposition cumulée des années
côté nez
le ptérygion débute presque toujours du côté nasal de l'œil
< 10 %
de récidive avec l'autogreffe conjonctivale (contre 30–50 % à sclère nue)
ambulatoire
chirurgie sous anesthésie locale, retour à domicile le jour même

Qu'est-ce qu'un ptérygion ?

Le ptérygion est une excroissance fibrovasculaire de la conjonctive — la fine membrane transparente qui recouvre le blanc de l'œil. Sous l'effet d'agressions répétées (UV, vent, poussière, sécheresse), cette conjonctive s'épaissit, se charge de vaisseaux et finit par migrer en direction de la cornée, sur laquelle elle progresse en forme d'aile ou de triangle. C'est cette forme caractéristique qui lui a donné son nom, du grec pterygion, « petite aile ».

Il ne faut pas le confondre avec la pinguécula, une lésion jaunâtre voisine, liée aux mêmes causes, mais qui reste sur le blanc de l'œil sans envahir la cornée. La pinguécula est très fréquente et ne nécessite généralement qu'une simple surveillance.

Photographie clinique d'un ptérygion nasal : membrane fibrovasculaire triangulaire empiétant sur la cornée vers la pupille
Photographie d'un ptérygion nasal : la membrane fibrovasculaire, partie du coin interne de l'œil (côté du nez), progresse en forme d'aile sur la cornée. Plus sa « tête » s'approche de la pupille, plus le retentissement visuel est important.

Pourquoi l'appelle-t-on l'« œil du surfeur » ?

Parce que les personnes les plus touchées partagent un point commun : une exposition solaire importante et prolongée, souvent renforcée par la réverbération sur l'eau, le sable ou la neige. Les rayons ultraviolets (UVB en particulier) entretiennent une inflammation chronique de la surface oculaire et favorisent la prolifération des tissus. Le ptérygion est ainsi nettement plus fréquent dans les régions ensoleillées et chez les personnes travaillant ou vivant beaucoup en plein air.

Les principaux facteurs de risque :

Quels symptômes ?

Au début, le ptérygion est surtout un problème esthétique et d'inconfort : il donne un œil qui paraît rouge ou irrité en permanence. Les symptômes les plus fréquents sont :

Lorsque la lésion progresse sur la cornée, elle peut induire un astigmatisme (déformation de la cornée qui brouille la vue) et, dans les formes évoluées atteignant l'axe optique, une véritable baisse de vision. C'est précisément pour éviter d'en arriver là que la surveillance régulière a tout son intérêt.

Quand consulter ? Une lésion qui grossit, s'épaissit, devient plus rouge, ou toute apparition d'une tâche inhabituelle sur le blanc de l'œil justifie un avis ophtalmologique. L'examen permet de confirmer le diagnostic, de mesurer la progression et, dans de rares cas, d'écarter une lésion de la surface oculaire d'une autre nature.

Comment traite-t-on un ptérygion ?

Tant que le ptérygion reste petit et peu gênant, le traitement est médical et conservateur : larmes artificielles pour lubrifier la surface, collyres anti-inflammatoires lors des poussées de rougeur, protection solaire systématique. Ces mesures ne font pas disparaître la lésion, mais elles soulagent et peuvent ralentir son évolution.

La chirurgie est proposée lorsque le ptérygion devient gênant, inesthétique, qu'il progresse vers le centre de la cornée ou qu'il provoque un astigmatisme. L'intervention, réalisée en ambulatoire sous anesthésie locale, consiste à retirer le tissu anormal. Tout l'enjeu moderne porte sur la prévention de la récidive : laisser la zone « à nu » (technique dite à sclère nue) expose à un taux de repousse élevé. C'est pourquoi on recouvre désormais la zone opérée.

L'autogreffe conjonctivale : la référence en 2026

La technique de référence consiste, après ablation du ptérygion, à recouvrir la zone par un greffon de conjonctive saine prélevé sur le même œil (sous la paupière supérieure). Ce greffon rétablit une surface normale et limite considérablement le risque de repousse. Le greffon est fixé par de fins fils de suture résorbables, qui se dissolvent spontanément en quelques semaines : il n'y a généralement pas de fil à retirer. Cette fixation assure une bonne tenue du greffon et une cicatrisation de qualité. Une colle biologique de fibrine peut être utilisée par certaines équipes, mais la suture par fils résorbables reste la technique de référence.

Dans certaines situations — ptérygions très étendus, récidivants, ou lorsque la conjonctive saine est insuffisante — on peut recourir à une greffe de membrane amniotique, un tissu aux propriétés cicatrisantes et anti-inflammatoires. L'application ciblée de mitomycine C peut également être discutée dans les formes à haut risque de récidive.

Les techniques chirurgicales en un coup d'œil

Technique Principe Risque de récidive Pour qui ?
Sclère nue Ablation simple, zone laissée à nu Élevé (30–50 %) De moins en moins utilisée seule
Autogreffe conjonctivale Recouvrement par conjonctive saine du patient Faible (< 10 %) Technique de référence, la plupart des cas
Fils résorbables Fixation du greffon par sutures qui se résorbent seules Faible Technique de référence pour fixer le greffon
Membrane amniotique Greffe d'un tissu cicatrisant Faible à modéré Ptérygions étendus ou récidivants

Et après l'opération ?

Les suites sont généralement simples. L'œil reste rouge et un peu inconfortable quelques jours, le temps de la cicatrisation de la zone de prélèvement. Un traitement par collyres (antibiotique puis anti-inflammatoire) est prescrit pendant plusieurs semaines. La protection solaire est ensuite essentielle à vie pour limiter le risque de récidive : c'est là que la prévention rejoint le traitement.

Prévenir le ptérygion : protéger ses yeux du soleil

La meilleure arme contre le ptérygion — et contre sa récidive après chirurgie — reste la protection contre les UV. Quelques réflexes simples :

La protection solaire des yeux ne prévient pas seulement le ptérygion : elle participe aussi à réduire le risque de cataracte et de lésions de la rétine liées aux UV. Un bon réflexe à adopter toute l'année.

En résumé, le ptérygion est une lésion fréquente, bénigne mais évolutive, dont la cause principale est le soleil. Sa prise en charge a beaucoup progressé : surveillance et confort tant qu'il est petit, puis chirurgie par autogreffe conjonctivale — le greffon étant fixé par des fils résorbables — lorsqu'il gêne, avec aujourd'hui un risque de récidive faible. Pour en savoir plus sur les pathologies de la surface oculaire, consultez nos pages dédiées à la cornée et à la sécheresse oculaire.

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