Avec les beaux jours reviennent les longues journées en plein air : plage, montagne, jardinage, sports nautiques. Le soleil fait du bien au moral, mais il sollicite aussi nos yeux — parfois durablement. Le ptérygion en est l'illustration la plus visible : cette petite membrane rosée, triangulaire, qui grignote peu à peu le blanc de l'œil puis la cornée. On le surnomme l'« œil du surfeur », tant il est lié à l'exposition aux ultraviolets. Bénin dans l'immense majorité des cas, il peut néanmoins gêner, rougir et, lorsqu'il avance trop, altérer la vision. Bonne nouvelle : la chirurgie a fait de réels progrès et permet aujourd'hui d'éviter la récidive dans la grande majorité des cas.
Qu'est-ce qu'un ptérygion ?
Le ptérygion est une excroissance fibrovasculaire de la conjonctive — la fine membrane transparente qui recouvre le blanc de l'œil. Sous l'effet d'agressions répétées (UV, vent, poussière, sécheresse), cette conjonctive s'épaissit, se charge de vaisseaux et finit par migrer en direction de la cornée, sur laquelle elle progresse en forme d'aile ou de triangle. C'est cette forme caractéristique qui lui a donné son nom, du grec pterygion, « petite aile ».
Il ne faut pas le confondre avec la pinguécula, une lésion jaunâtre voisine, liée aux mêmes causes, mais qui reste sur le blanc de l'œil sans envahir la cornée. La pinguécula est très fréquente et ne nécessite généralement qu'une simple surveillance.
Pourquoi l'appelle-t-on l'« œil du surfeur » ?
Parce que les personnes les plus touchées partagent un point commun : une exposition solaire importante et prolongée, souvent renforcée par la réverbération sur l'eau, le sable ou la neige. Les rayons ultraviolets (UVB en particulier) entretiennent une inflammation chronique de la surface oculaire et favorisent la prolifération des tissus. Le ptérygion est ainsi nettement plus fréquent dans les régions ensoleillées et chez les personnes travaillant ou vivant beaucoup en plein air.
Les principaux facteurs de risque :
- Exposition aux UV cumulée : activités nautiques, montagne, métiers en extérieur (bâtiment, agriculture, marins).
- Vent, poussière et atmosphère sèche, qui irritent et assèchent la surface oculaire.
- Sécheresse oculaire chronique, qui fragilise le film lacrymal protecteur.
- L'âge et l'hérédité : la lésion apparaît plus volontiers à partir de la trentaine et il existe des terrains familiaux.
Quels symptômes ?
Au début, le ptérygion est surtout un problème esthétique et d'inconfort : il donne un œil qui paraît rouge ou irrité en permanence. Les symptômes les plus fréquents sont :
- une sensation de corps étranger ou de grain de sable ;
- des rougeurs et des picotements, souvent majores par le soleil, le vent ou les écrans ;
- un œil qui larmoie ou, au contraire, une impression de sécheresse ;
- une gêne au port des lentilles de contact.
Lorsque la lésion progresse sur la cornée, elle peut induire un astigmatisme (déformation de la cornée qui brouille la vue) et, dans les formes évoluées atteignant l'axe optique, une véritable baisse de vision. C'est précisément pour éviter d'en arriver là que la surveillance régulière a tout son intérêt.
Quand consulter ? Une lésion qui grossit, s'épaissit, devient plus rouge, ou toute apparition d'une tâche inhabituelle sur le blanc de l'œil justifie un avis ophtalmologique. L'examen permet de confirmer le diagnostic, de mesurer la progression et, dans de rares cas, d'écarter une lésion de la surface oculaire d'une autre nature.
Comment traite-t-on un ptérygion ?
Tant que le ptérygion reste petit et peu gênant, le traitement est médical et conservateur : larmes artificielles pour lubrifier la surface, collyres anti-inflammatoires lors des poussées de rougeur, protection solaire systématique. Ces mesures ne font pas disparaître la lésion, mais elles soulagent et peuvent ralentir son évolution.
La chirurgie est proposée lorsque le ptérygion devient gênant, inesthétique, qu'il progresse vers le centre de la cornée ou qu'il provoque un astigmatisme. L'intervention, réalisée en ambulatoire sous anesthésie locale, consiste à retirer le tissu anormal. Tout l'enjeu moderne porte sur la prévention de la récidive : laisser la zone « à nu » (technique dite à sclère nue) expose à un taux de repousse élevé. C'est pourquoi on recouvre désormais la zone opérée.
L'autogreffe conjonctivale : la référence en 2026
La technique de référence consiste, après ablation du ptérygion, à recouvrir la zone par un greffon de conjonctive saine prélevé sur le même œil (sous la paupière supérieure). Ce greffon rétablit une surface normale et limite considérablement le risque de repousse. Le greffon est fixé par de fins fils de suture résorbables, qui se dissolvent spontanément en quelques semaines : il n'y a généralement pas de fil à retirer. Cette fixation assure une bonne tenue du greffon et une cicatrisation de qualité. Une colle biologique de fibrine peut être utilisée par certaines équipes, mais la suture par fils résorbables reste la technique de référence.
Dans certaines situations — ptérygions très étendus, récidivants, ou lorsque la conjonctive saine est insuffisante — on peut recourir à une greffe de membrane amniotique, un tissu aux propriétés cicatrisantes et anti-inflammatoires. L'application ciblée de mitomycine C peut également être discutée dans les formes à haut risque de récidive.
Les techniques chirurgicales en un coup d'œil
| Technique | Principe | Risque de récidive | Pour qui ? |
|---|---|---|---|
| Sclère nue | Ablation simple, zone laissée à nu | Élevé (30–50 %) | De moins en moins utilisée seule |
| Autogreffe conjonctivale | Recouvrement par conjonctive saine du patient | Faible (< 10 %) | Technique de référence, la plupart des cas |
| Fils résorbables | Fixation du greffon par sutures qui se résorbent seules | Faible | Technique de référence pour fixer le greffon |
| Membrane amniotique | Greffe d'un tissu cicatrisant | Faible à modéré | Ptérygions étendus ou récidivants |
Et après l'opération ?
Les suites sont généralement simples. L'œil reste rouge et un peu inconfortable quelques jours, le temps de la cicatrisation de la zone de prélèvement. Un traitement par collyres (antibiotique puis anti-inflammatoire) est prescrit pendant plusieurs semaines. La protection solaire est ensuite essentielle à vie pour limiter le risque de récidive : c'est là que la prévention rejoint le traitement.
Prévenir le ptérygion : protéger ses yeux du soleil
La meilleure arme contre le ptérygion — et contre sa récidive après chirurgie — reste la protection contre les UV. Quelques réflexes simples :
- Porter des lunettes de soleil filtrant 100 % des UV (norme CE, catégorie 3 pour les fortes luminosités), de préférence enveloppantes.
- Ajouter un chapeau à large bord ou une casquette, qui réduit nettement la dose d'UV reçue par les yeux.
- Se protéger même par temps couvert et à la montagne : les UV traversent les nuages et la neige les réfléchit fortement.
- Lubrifier régulièrement les yeux exposés au vent ou à un air sec, avec des larmes artificielles.
- Penser aussi aux enfants : leur cristallin laisse passer davantage d'UV, et l'exposition se cumule dès le plus jeune âge.
La protection solaire des yeux ne prévient pas seulement le ptérygion : elle participe aussi à réduire le risque de cataracte et de lésions de la rétine liées aux UV. Un bon réflexe à adopter toute l'année.
En résumé, le ptérygion est une lésion fréquente, bénigne mais évolutive, dont la cause principale est le soleil. Sa prise en charge a beaucoup progressé : surveillance et confort tant qu'il est petit, puis chirurgie par autogreffe conjonctivale — le greffon étant fixé par des fils résorbables — lorsqu'il gêne, avec aujourd'hui un risque de récidive faible. Pour en savoir plus sur les pathologies de la surface oculaire, consultez nos pages dédiées à la cornée et à la sécheresse oculaire.
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