Suivi OCT de la sécheresse oculaire : un outil prédictif ?

Publication scientifique — Les Cahiers d'Ophtalmologie, n° 283

Retour aux actualités

La sécheresse oculaire est une pathologie chronique multifactorielle dont l'expression clinique est souvent fluctuante et difficile à objectiver. La discordance fréquente entre les signes cliniques et les symptômes rapportés par les patients constitue l'un des principaux écueils de sa prise en charge. Mais l'avènement de l'OCT, en tant que plateforme multimodale d'analyse objective de la surface oculaire, ouvre de nouvelles perspectives.

Le problème : le diagnostic et surtout le suivi évolutif de la sécheresse oculaire restent complexes, dépendants de tests parfois invasifs, peu reproductibles ou opérateur-dépendants. L'OCT s'impose progressivement comme une réponse objective à ces limites.

La cartographie épithéliale : biomarqueur principal

L'épithélium cornéen occupe une place particulière dans la physiopathologie de la sécheresse oculaire. Interface directe entre le film lacrymal et le stroma, il reflète à la fois l'état trophique de la surface et les mécanismes compensatoires mis en jeu pour maintenir une qualité optique élevée.

Les progrès technologiques de l'OCT spectrale ont permis l'émergence de la cartographie épithéliale sur de larges diamètres (jusqu'à 10 mm d'analyse), mettant en évidence plusieurs profils morphologiques caractéristiques :

Classification de la sécheresse oculaire par cartographie épithéliale OCT : de la surface normale (vert) à la sécheresse sévère (amincissement diffus)
Figure 1 — Classification de la sécheresse oculaire à partir des cartographies épithéliales. De gauche à droite : surface normale, sécheresse légère, modérée et sévère.
Surface normale
Épithélium homogène, épaisseur régulière sur toute la surface
Sécheresse légère
Hyperplasie épithéliale réactionnelle, souvent localisée en inférieur
Sécheresse modérée
Amincissement localisé, notamment en supérieur
Sécheresse sévère
Amincissement diffus étendu de l'épithélium

Plusieurs travaux ont montré qu'une épaisseur épithéliale supérieure ou inférieure à 50 microns constitue un seuil discriminant et pertinent pour identifier une sécheresse oculaire. L'asymétrie entre les quadrants supérieur et inférieur apparaît comme un marqueur de sévérité.

Ménisque lacrymal : quantifier la sécrétion basale

L'OCT permet une visualisation directe du ménisque de larmes inférieur avec mesure de sa hauteur et de sa surface. Cette approche non invasive apporte une estimation objective de la sécrétion lacrymale basale, complémentaire des tests fonctionnels classiques (test de Schirmer, BUT).

La diminution du volume du ménisque, mais aussi la présence de plis de conjonctivochalasis, sont fréquemment associées aux formes évoluées et peuvent influencer la réponse thérapeutique.

Imagerie OCT B-scan du ménisque de larmes inférieur avec plis de conjonctivochalasis
Figure 2 — Imagerie OCT B-scan du ménisque de larmes inférieur volumineux associé à des plis de conjonctivochalasis.

Meibographie intégrée

La dysfonction des glandes de Meibomius constitue un facteur clé de la chronicisation de la sécheresse oculaire. L'intégration de la meibographie aux plateformes OCT permet une analyse structurelle reproductible des glandes, directement corrélable aux anomalies du film lipidique et aux remaniements épithéliaux.

Meibographie embarquée dans la plateforme OCT montrant un dysfonctionnement meibomien
Figure 3 — Meibographie embarquée dans la plateforme OCT Solix (Visionix), mettant en évidence un dysfonctionnement meibomien de stade 1-2.

OCT en face du film lacrymal : une approche fonctionnelle

L'OCT en face appliquée à la surface cornéenne représente une avancée majeure permettant une lecture fonctionnelle indirecte du film lacrymal, en particulier de sa composante lipidique. En pratique, l'OCT en face permet :

OCT en face du film lacrymal montrant l'instabilité de la couche lipidique et la correspondance en épimapping
Figure 4 — OCT en face du film lacrymal (8 × 8 mm) avec un slab de 12 microns, montrant l'instabilité de la couche lipidique et la correspondance en épimapping avec amincissement épithélial supérieur.

L'OCT comme outil de suivi longitudinal

L'un des apports majeurs de l'OCT réside dans sa capacité à objectiver l'évolution de la surface oculaire au cours du suivi. L'article décrit le cas d'un patient de 66 ans présentant une blépharite avec dysfonctionnement meibomien. Après traitement associant 4 séances d'IPL et 2 séances de photobiomodulation (lumière bleue), l'amélioration est objectivée par :

Suivi OCT avant et après traitement IPL et photobiomodulation : amélioration du profil épithélial
Figure 6 — Suivi avant/après traitement (4 séances IPL + 2 séances LLT). Amélioration du profil épithélial avec réépaississement de l'épithélium cornéen et augmentation du Break-Up Time.

Inversement, la persistance d'anomalies fonctionnelles du film lacrymal associée à un amincissement épithélial diffus doit alerter sur un risque de chronicisation, parfois avant l'apparition de signes cliniques sévères.

Vers un modèle multimodal pronostique

L'avenir de l'OCT dans la sécheresse oculaire repose sur l'intégration de quatre paramètres complémentaires :

1
Cartographie épithéliale
Profil morphologique et remodelage de l'épithélium cornéen
2
OCT en face
Analyse fonctionnelle du film lacrymal et de sa couche lipidique
3
Ménisque lacrymal
Quantification objective de la sécrétion lacrymale basale
4
Meibographie
Analyse structurelle des glandes de Meibomius

Cette approche permet de définir une véritable trajectoire de la surface oculaire, ouvrant la voie à des modèles pronostiques assistés par intelligence artificielle et à un suivi personnalisé.

Multimodalité par OCT de la sécheresse oculaire : épimapping, meibographie, OCT en face et ménisque de larmes
Figure 7 — Multimodalité par OCT d'un patient : épimapping, OCT en face du film lacrymal, meibographie et ménisque de larmes. Ligne du haut : œil droit. Ligne du bas : œil gauche, montrant une instabilité plus importante.

Points clés de la publication

  • L'OCT n'est pas un outil prédictif isolé, mais la multimodalité par OCT s'impose comme un outil pronostique majeur
  • La cartographie épithéliale est le principal biomarqueur, avec un seuil discriminant de 50 microns
  • L'OCT en face révèle l'instabilité du film lacrymal parfois invisible aux tests classiques
  • L'OCT constitue un outil pédagogique puissant facilitant l'adhérence du patient à sa prise en charge
  • En préopératoire de chirurgie réfractive, l'OCT permet d'expliquer certaines asymétries cornéennes induites par la sécheresse
Article complet (PDF)
Les Cahiers d'Ophtalmologie, n° 283 — 4 pages
Télécharger

Vous souffrez de sécheresse oculaire ?

Un bilan multimodal par OCT permet d'objectiver votre sécheresse oculaire et d'adapter le traitement. Consultez nos spécialistes à l'IPO Paris.

Prendre rendez-vous sur Doctolib

Références

  • El Maftouhi A. Suivi OCT de la sécheresse oculaire : un outil prédictif ? Les Cahiers d'Ophtalmologie. 2026;283:20-23.
  • Edorh NA, El Maftouhi A, Djerada Z et al. New model to better diagnose dry eye disease integrating OCT corneal epithelial mapping. Br J Ophthalmol. 2022;106(11):1488-95.
  • El Maftouhi A, Denoyer A. OCT : l'intelligence de l'épithélium. Les Cahiers d'Ophtalmologie. 2022;252:28-32.
  • El Maftouhi A, Baudouin C. OCT et sécheresse oculaire. Les Cahiers d'Ophtalmologie. 2019;225:32-7.
  • Fabiani C, Barabino S, Rashid S, Reza Dana M. Corneal epithelial proliferation and thickness in a mouse model of dry eye. Exp Eye Res. 2009;89(2):166-71.