Chirurgie mini-invasive du glaucome (MIGS) : faire baisser la pression en douceur

Micro-implants, laser SLT et gestes mini-invasifs au service de la vision en 2026

Retour aux actualités

Pendant longtemps, opérer un glaucome signifiait une chirurgie lourde : la trabéculectomie, efficace mais exigeante, avec une convalescence longue et un suivi rapproché. Pour beaucoup de patients dont la maladie restait modérée, le choix se limitait à multiplier les collyres… ou à franchir d'emblée ce grand pas chirurgical. Une nouvelle famille d'interventions a changé la donne : les MIGS, pour Minimally Invasive Glaucoma Surgery — des chirurgies mini-invasives qui abaissent la pression de l'œil par des micro-incisions, avec beaucoup moins de risques.

~80 M
de personnes atteintes de glaucome dans le monde
1 / 2
cas encore non diagnostiqués
< 2 mm
la taille des micro-implants posés

Le glaucome : une affaire de pression et d'évacuation

Le glaucome est une maladie du nerf optique, ce câble qui transporte l'image de l'œil vers le cerveau. Sa principale cause ? Une pression intraoculaire trop élevée, qui écrase et endommage lentement les fibres nerveuses. La perte de vision commence par la périphérie, de façon insidieuse : c'est pourquoi le glaucome est souvent surnommé le « voleur silencieux de la vue ».

Pour comprendre les MIGS, il faut d'abord comprendre d'où vient cette pression. L'œil fabrique en permanence un liquide nourricier, l'humeur aqueuse. Ce liquide circule à l'avant de l'œil puis s'évacue par un filtre naturel situé dans l'angle entre l'iris et la cornée : le trabéculum, qui le conduit vers un petit canal collecteur, le canal de Schlemm. Quand ce filtre s'encrasse et résiste au passage, le liquide s'accumule et la pression monte. Tout le principe du traitement consiste à rétablir cette évacuation.

Anatomie du segment antérieur de l'œil : cornée, iris, cristallin, angle irido-cornéen et trabéculum par où s'évacue l'humeur aqueuse
Le segment antérieur de l'œil : l'humeur aqueuse s'évacue par l'angle irido-cornéen, où se trouve le trabéculum. C'est sur cette voie d'écoulement qu'agissent les MIGS.

Avant la chirurgie : collyres et laser SLT

Le traitement du glaucome suit une logique de paliers. En première intention, on dispose de deux options dont l'objectif est identique : abaisser la pression.

Les collyres hypotonisants (le plus souvent à base de prostaglandines) restent un pilier du traitement. Très efficaces, ils ont toutefois une limite bien connue : il faut les instiller chaque jour, parfois plusieurs fois, sur des années. L'observance — la régularité de la prise — est l'un des grands talons d'Achille du traitement : une goutte oubliée est une pression qui remonte.

Le laser SLT (trabéculoplastie sélective) a pris une place croissante. Réalisé au cabinet en quelques minutes, indolore, il stimule le trabéculum pour améliorer l'évacuation. L'étude britannique LiGHT a montré qu'il pouvait être proposé dès le départ, avant même les collyres : une majorité de patients traités par laser en première intention se passaient ensuite de gouttes pendant plusieurs années. C'est déjà, en soi, une approche mini-invasive.

Vue gonioscopique de l'angle irido-cornéen lors d'un traitement SLT montrant le trabéculum visé par le laser
Traitement par laser SLT : vue gonioscopique de l'angle irido-cornéen, le laser stimulant le trabéculum pour faciliter l'évacuation de l'humeur aqueuse.

À retenir : la chirurgie n'est pas la première étape. Elle est envisagée lorsque la pression reste trop élevée malgré les collyres et/ou le laser, lorsque la maladie progresse, ou lorsque le traitement quotidien devient difficile à suivre ou mal toléré.

Les MIGS : une chirurgie qui passe par l'intérieur de l'œil

Le terme MIGS regroupe plusieurs techniques qui partagent la même philosophie : agir sur les voies d'évacuation naturelles de l'œil, par de micro-incisions, le plus souvent de l'intérieur (on parle d'abord « ab interno »), sans grande ouverture de la paroi de l'œil. Résultat : moins de traumatisme, moins de complications et une récupération plus rapide qu'avec la chirurgie classique.

Un atout majeur : ces interventions se combinent naturellement à la chirurgie de la cataracte. Chez un patient glaucomateux qui doit de toute façon être opéré de la cataracte, le chirurgien peut, dans le même temps opératoire et par la même micro-incision, poser un micro-implant qui allégera durablement le traitement par gouttes.

Un changement de paradigme : chez un patient présentant à la fois une cataracte et un glaucome, opérer la cataracte sans profiter du même temps opératoire pour améliorer l'équilibre pressionnel devient de plus en plus difficile à justifier. Associer systématiquement un geste MIGS à la chirurgie de la cataracte tend à s'imposer comme un nouveau standard de prise en charge : une seule intervention, sans surcoût de récupération, qui traite l'opacité du cristallin tout en agissant sur la maladie chronique. En France, cette approche reste encore trop peu répandue — souvent par déficit de formation des chirurgiens à ces techniques — alors qu'elle profite directement au patient.

On peut distinguer trois grandes familles d'approches, de la plus « douce » à la plus proche de la chirurgie filtrante.

1. Les micro-implants trabéculaires (iStent, Hydrus)

Ce sont de minuscules dispositifs insérés à travers le trabéculum pour créer un raccourci direct vers le canal de Schlemm. L'iStent, plus petit que le millimètre, ouvre un ou deux passages ciblés dans le filtre. L'Hydrus Microstent, lui, agit comme un échafaudage : ce micro-ressort en nitinol est déployé à l'intérieur du canal de Schlemm, qu'il dilate et maintient ouvert sur environ trois « heures » d'angle, restaurant ainsi la voie d'évacuation naturelle.

Implantation d'un micro-stent trabéculaire (iStent) dans le trabéculum, au sein de l'angle irido-cornéen
iStent : micro-implant trabéculaire, plus petit qu'un millimètre, posé dans le trabéculum pour créer un raccourci vers le canal de Schlemm.
Hydrus Microstent : micro-échafaudage en nitinol déployé dans le canal de Schlemm pour le dilater et faciliter l'évacuation de l'humeur aqueuse
Hydrus Microstent : déployé dans le canal de Schlemm, il le dilate sur environ trois heures d'angle et rétablit l'écoulement naturel.

2. L'ouverture du trabéculum : la goniotomie (Kahook Dual Blade)

Ici, aucun implant n'est laissé en place : le filtre encrassé est tout simplement retiré sur quelques degrés. Une micro-lame calibrée — le plus souvent le Kahook Dual Blade — vient exciser une fine bandelette de trabéculum, libérant un accès direct au canal de Schlemm. L'humeur aqueuse retrouve alors un chemin de sortie, sans corps étranger résiduel.

Vues peropératoires d'une goniotomie au Kahook Dual Blade : la micro-lame excise une bandelette de trabéculum dans l'angle irido-cornéen
Goniotomie (Kahook Dual Blade) : vues peropératoires de l'angle. La micro-lame retire une fine bandelette de trabéculum — aucun implant n'est laissé en place.

3. Les micro-drains de dérivation (PRESERFLO) : une nuance importante

Pour obtenir des baisses de pression plus marquées, on peut recourir à un micro-drain tel que le PRESERFLO MicroShunt : un fin tube qui dérive l'humeur aqueuse de l'intérieur de l'œil vers un espace situé sous la conjonctive (la fine membrane qui recouvre le blanc de l'œil).

Un bémol à connaître : à la différence des MIGS « pures », qui restent à l'intérieur de l'angle et respectent les structures de l'œil, le PRESERFLO crée une bulle de filtration (bleb) sous la conjonctive. À ce titre, il s'apparente davantage à une chirurgie filtrante mini-invasive qu'à une MIGS au sens strict : il sort en partie de ce cadre, avec une cicatrisation à surveiller et un suivi postopératoire plus proche de celui de la trabéculectomie.

Schéma du PRESERFLO MicroShunt : le micro-tube dérive l'humeur aqueuse depuis la chambre antérieure vers un espace sous la conjonctive, formant une bulle de filtration (bleb)
PRESERFLO MicroShunt : le micro-tube conduit l'humeur aqueuse vers un espace sous la conjonctive, où se forme une bulle de filtration. Cette étape le distingue des MIGS strictement intra-angulaires.

Le choix de la technique dépend du type et de la sévérité du glaucome, de l'anatomie de l'angle (un angle étroit impose des précautions particulières) et des traitements déjà en cours. C'est une décision sur mesure, prise après un bilan complet.

MIGS, laser ou chirurgie classique : comment se situer ?

Approche Principe Indication typique Particularité
Laser SLT Stimule le trabéculum pour améliorer l'évacuation Glaucome débutant, en 1re intention ou en relais des gouttes Non chirurgical
Au cabinet, répétable
MIGS : micro-implant ou goniotomie
iStent, Hydrus, Kahook Dual Blade
Rétablit l'écoulement dans l'angle, par micro-incision, souvent avec la cataracte Glaucome léger à modéré, ou pour alléger les collyres Mini-invasif
Récupération rapide
Micro-drain de dérivation
PRESERFLO MicroShunt
Dérive l'humeur aqueuse sous la conjonctive, avec une bulle de filtration Glaucome modéré à avancé, baisse de pression importante recherchée Filtrante mini-invasive
Au-delà des MIGS strictes ; suivi rapproché
Trabéculectomie (chirurgie classique) Crée une soupape de filtration sous la paupière supérieure Glaucome avancé ou résistant, forte baisse de pression nécessaire Éprouvée
Référence pour les cas sévères

Les MIGS ne remplacent pas la trabéculectomie : elles la complètent. Là où la chirurgie filtrante classique reste la référence pour obtenir de fortes baisses de pression dans les glaucomes avancés, les MIGS comblent un espace qui manquait jusqu'ici : une solution chirurgicale proportionnée pour les formes légères à modérées, et un moyen de réduire la charge des collyres.

Quels bénéfices concrets pour le patient ?

Important : les MIGS abaissent la pression, mais elles ne guérissent pas le glaucome et ne restaurent pas la vision déjà perdue. Le nerf optique déjà endommagé ne se répare pas. Tout l'enjeu reste donc le dépistage précoce : plus le glaucome est pris tôt, plus on protège ce qui peut encore l'être.

C'est tout le sens d'un suivi régulier : mesure de la pression, examen du nerf optique, imagerie OCT et champ visuel permettent de détecter la maladie avant les premiers symptômes et d'ajuster le traitement au bon moment. Pour en savoir plus sur les signaux d'alerte et le dépistage, voir notre article : Glaucome, le voleur silencieux de la vue.

En pratique à l'IPO

La prise en charge du glaucome à l'Institut Parisien d'Ophtalmologie s'appuie sur un parcours gradué : dépistage et surveillance, traitement médical, laser SLT, puis, lorsque c'est indiqué, chirurgie du glaucome adaptée à chaque situation. Le choix entre laser, MIGS, micro-drain ou chirurgie filtrante se décide après un bilan complet et une discussion avec le patient, en tenant compte du stade de la maladie, de son rythme de progression et de sa vie quotidienne.

Le message essentiel : aujourd'hui, entre les collyres et la chirurgie lourde, il existe tout un éventail de solutions intermédiaires. Discuter tôt de ces options avec son ophtalmologiste, c'est se donner les moyens de protéger durablement sa vision tout en allégeant son traitement.

Glaucome : faites le point sur votre traitement

Pression difficile à équilibrer, gouttes contraignantes ou mal tolérées ? Un bilan permet d'évaluer si une approche mini-invasive est adaptée à votre situation.

Prendre rendez-vous sur Doctolib

Sources

  • Gedde SJ, Vinod K, Wright MM, et al. Primary Open-Angle Glaucoma Preferred Practice Pattern. American Academy of Ophthalmology — Ophthalmology. 2021;128(1):P71-P150.
  • Lavia C, Dallorto L, Maule M, Ceccarelli M, Fea AM. Minimally-invasive glaucoma surgeries (MIGS) for open angle glaucoma : a systematic review and meta-analysis. PLoS One. 2017;12(8):e0183142.
  • Samuelson TW, Chang DF, Marquis R, et al. A Schlemm Canal Microstent for Intraocular Pressure Reduction in Primary Open-Angle Glaucoma and Cataract (HORIZON, Hydrus). Ophthalmology. 2019;126(1):29-37.
  • Gazzard G, Konstantakopoulou E, Garway-Heath D, et al. Selective laser trabeculoplasty versus eye drops for first-line treatment of ocular hypertension and glaucoma (LiGHT) : a multicentre randomised controlled trial. The Lancet. 2019;393(10180):1505-1516.
  • Société Française d'Ophtalmologie (SFO). Rapport « Glaucome primitif à angle ouvert » — prise en charge thérapeutique.
  • Haute Autorité de Santé (HAS). Évaluations des dispositifs de chirurgie mini-invasive du glaucome.